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La Ville de Liège envisage de classer le Fort de la Chartreuse en “Site Ă  RĂ©habiliter” (SAR). Sous ce nom technique se cache un risque majeur : celui de voir notre poumon vert, notre lieu de quiĂ©tude et de biodiversitĂ©, transformĂ© sans consultation claire !

đź“… Date limite : 21 JANVIER 2026 ! C’est la date de clĂ´ture de l’enquĂŞte publique. C’est notre dernière chance d’agir !

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Objet : Réclamation - Enquête publique SAR Chartreuse (Dossier AM-10109-SAR)

Madame, Monsieur,

En tant que citoyen(ne)/ riverain(e) / membre de l'association Un Air de Chartreuse, concerné(e) par l'avenir du site de la Chartreuse, je souhaite par la présente vous faire part de mes observations et de mes inquiétudes concernant le projet de classement en Site à Réhabiliter (SAR) du Fort de la Chartreuse.

Bien que je salue la volonté de la Ville d’inscrire ce site dans la « boucle des parcs » via le Projet de Territoire 2024, l'utilisation de l'outil SAR dans le contexte actuel soulève des risques majeurs.

  1. Incohérence avec la protection du Patrimoine (AWaP) Le site bénéficie d’un Arrêté de classement provisoire. Or, le statut de SAR est un outil de transformation lourde. Je demande des garanties sur le fait que le SAR ne permettra aucune dérogation au Code wallon du Patrimoine (CoPat). Quel est l'avis formel de l'AWaP sur la compatibilité entre la « programmation atypique » envisagée et la conservation de l’intégrité des bâtiments ?
  2. Flou sur la « programmation atypique » L’outil SAR facilite souvent l’implication de partenaires privés pour rentabiliser la réhabilitation. Je m'inquiète de voir le site privatisé par des fonctions de logements, de commerces ou d’événements qui nuiraient à la tranquillité du quartier et à la gratuité d'accès totale du parc par les usagers. Je demande une définition claire et limitative des fonctions autorisées sous ce vocable. Le logement doit en être exclu.
  3. Risque de dénaturation de la biodiversité (EIE) L’étude d’incidences environnementales (EIE) ne souligne pas suffisamment la valeur écologique exceptionnelle de la friche actuelle. Le projet de « parc public aménagé » mentionné dans le Projet de Territoire 2024 risque d’entraîner une imperméabilisation des sols et une perte de biodiversité par un aménagement trop intensif avec le risque de fragmentation d’habitats des espèces. Comment le SAR garantira-t-il le maintien des zones de quiétude et la protection pour les espèces protégées identifiées ?
  1. Sur la protection de la biodiversité et de la nature : Le site de la Chartreuse a développé et continue à développer tout un maillage écologique unique et rare en milieu urbain. Le passage au statut de SAR ne doit pas servir de prétexte à une "normalisation" paysagère qui détruirait la biodiversité spontanée ainsi que ce maillage écologique sur tout le Site. Je demande que le périmètre du SAR exclue strictement les zones identifiées comme zones de grand intérêt biologique (ZGIB) et que toute intervention sur le bâti respecte les périodes de nidification et les habitats des espèces protégées (notamment les chauves-souris).

Je souligne que le site de la Chartreuse héberge des espèces à haute valeur patrimoniale et protégées, notamment des colonies de chauves-souris, l’Alyte accoucheur et le Triton alpestre qui vit du côté de la mare artificielle.  Ces espèces dépendent directement de l’état actuel de « friche » et de « ruine » du site ainsi que du point d’eau en l’état.  Je m’inquiète de voir le RIE minimiser l’impact des travaux SAR, de l’ouverture au public et de l’éclairage sur ces populations fragiles.  Toute réhabilitation du bâti devra faire l’objet d’une dérogation spécifique et de mesures compensatoires strictes.

Voici les espèces protégées par la Loi sur la Conservation de la Nature :

4.1. Les Chauves-souris

Sur le site de la Chartreuse à Liège, les inventaires (notamment celui de l'étude Value Added et les suivis de Natagora/Plecotus) confirment que le site est un réservoir majeur pour les chiroptères grâce à ses galeries souterraines (hibernation) et ses boisements (chasse et reproduction). Le fort et ses galeries souterraines sont des gîtes d'hivernage et de mise-bas cruciaux.

Voici les espèces dont la présence est attestée et qui ne font pas partie de l’EIE :

Espèces emblématiques et rares

  • Le Vespertilion Ă  oreilles Ă©chancrĂ©es (Myotis emarginatus) : Espèce d'intĂ©rĂŞt communautaire (Annexe II de la Directive Habitats). Sa prĂ©sence en hibernation a Ă©tĂ© confirmĂ©e (notamment en 2008). Sa prĂ©sence impose des mesures de protection strictes.
  • L'Oreillard roux (Plecotus auritus) : ObservĂ© rĂ©gulièrement, il utilise les cavitĂ©s et les arbres creux du site.
  • Le Murin de Daubenton (Myotis daubentonii) : Adepte des milieux souterrains humides pour l'hiver.
  • "Le Grand murin (Myotis myotis), une espèce classĂ©e « En danger » en Wallonie et protĂ©gĂ©e par l'Annexe II de la Directive Habitats. Cette espèce chasse exclusivement au sol dans les sous-bois de qualitĂ©. La destruction de 2 ha d'ifs et l'urbanisation du secteur supprimeraient non seulement son garde-manger, mais les nuisances sonores et vibratoires des travaux menacent directement sa survie durant la pĂ©riode critique d'hibernation dans les galeries. Le projet ignore les exigences Ă©cologiques strictes de cette espèce patrimoniale majeure.

Espèces communes mais protégées

  • La Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) : Très active sur l'ensemble du site, elle chasse en lisière de forĂŞt et au-dessus des zones ouvertes.
  • Le Vespertilion Ă  moustaches (Myotis mystacinus) : IdentifiĂ© lors des recensements hivernaux.
  • La SĂ©rotine commune (Eptesicus serotinus) : FrĂ©quente les bâtiments anciens et les lisières boisĂ©es du fort.
  • Le Vespère de Savi est une espèce protĂ©gĂ©e dont la prĂ©sence sur le site de la Chartreuse tĂ©moigne de la fonction de « refuge climatique » du lieu. En tant qu'espèce rupestre, elle utilise les anfractuositĂ©s des murs historiques du fort. Toute intervention sur le bâti ancien ou modification profonde du paysage nocturne sans inventaire prĂ©alable prĂ©cis (recherche de gĂ®tes dans les fissures) constituerait une violation de l'article 2 de la Loi sur la Conservation de la Nature.
  • L'argument : Toute modification de l'Ă©clairage nocturne (pollution lumineuse), de travaux ou de la ventilation des souterrains dans le cadre du SAR constituerait une infraction grave Ă  la protection de ces espèces strictement protĂ©gĂ©es au niveau europĂ©en (Directive Habitats).

4.2. L'Avifaune (Les oiseaux)

Le mélange de ruines et de végétation dense attire des espèces qui ne se trouvent pas dans les parcs classiques.

  • Espèces : Le Pic Epeiche et le Pic Vert qui privilĂ©gient les vieux arbres, le Bouvreuil pivoine, ou encore le Rougequeue noir (amateur de ruines). La chouette hulotte et la buse variable ont Ă©galement leur habitat Ă  cet endroit.
  • L'argument : "Le maintien de la strate arbustive (les buissons) est indispensable. Un amĂ©nagement 'propre' type parc urbain dĂ©truirait les zones de nidification de ces oiseaux nicheurs protĂ©gĂ©s."

4.3. Les Batraciens et Reptiles

Les zones humides temporaires et les pierres chaudes des ruines sont des habitats clés.

  • Espèces : L'Alyte accoucheur (petit crapaud qui chante comme une flĂ»te, très prĂ©sent dans les murs du bâti et de l’enceinte), le Triton alpestre, l'Orvet fragile, le crapaud calamite et le lĂ©zard des murailles.
  • L'argument : toutes ces espèces sont des espèces menacĂ©es. La rĂ©fection des murs du fort (rejointoiement) doit impĂ©rativement prĂ©voir des cavitĂ©s de substitution pour ne pas emmurer ces populations.

4.4. Les blaireaux et les renards

La reconnaissance du SAR provoquerait une rupture des corridors écologiques pour ces animaux et une disparition du service rendu à la population en termes de nuisance sanitaire.

Le renard et le blaireau sont des prédateurs et des ingénieurs du sol essentiels. Leur présence dans le périmètre n'est pas fortuite : ils régulent les populations de rongeurs et participent à la santé de la forêt. Les déloger provoquerait un déséquilibre biologique immédiat.

  • Le Renard, auxiliaire de santĂ© publique :
  • Le renard est le principal prĂ©dateur des petits rongeurs (campagnols, musaraignes etc…). En limitant leur pullulation, il freine la propagation de la maladie de Lyme (les rongeurs Ă©tant les hĂ´tes principaux des tiques).
  • L’Argument : La destruction de l'habitat des renards dans cette zone prĂ©sente un risque sanitaire indirect pour les riverains et les usagers de la Chartreuse en favorisant les populations de tiques.
  • Le Blaireau, ingĂ©nieur du sol et "colocataire" :
  • Ses terriers, parfois vieux de plusieurs dĂ©cennies, sont des structures complexes qui servent d'abri Ă  de nombreuses autres espèces (amphibiens – insectes – petits rongeurs  etc…).
  • L’Argument : "Le blaireau est une espèce parapluie : protĂ©ger ses terriers revient Ă  protĂ©ger tout un cortège d'espèces associĂ©es. Un terrassement dans le pĂ©rimètre SAR dĂ©truirait des structures de vie souterraines non reproductibles ailleurs."

4.5. La Flore spécifique

  • Espèces : prĂ©sence d’orchidĂ©es sauvages (Epipactis helleborine) dans le domaine privĂ©
  • L'argument : Le projet de SAR doit garantir le maintien d’étagement par une gestion extensive (fauchage tardif) et non par une tonte rĂ©gulière de type pelouse de jardin.
  • Espèces : prĂ©sence d’une relique d’ifs sur plus de 2 ha et dispersĂ©s Ă©galement sur le pĂ©rimètre SAR.
  • L’argument :  Le projet menace un habitat forestier prioritaire dont la raretĂ© au niveau europĂ©en impose une conservation stricte.

L'if héberge une faune et une flore cryptogamique (mousses, lichens) spécifiques qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Détruire 2 ha, c'est briser un maillon essentiel de la trame verte locale.

La compensation pour de vieux ifs est biologiquement impossible. On ne remplace pas un arbre de 200 ans par un scion de 2 ans. L'étape d'évitement est donc la seule option légalement et écologiquement acceptable ici.

Par conséquent, considérant la présence exceptionnelle de plus de 2 hectares d'ifs (Taxus baccata), espèce protégée et emblématique de la résilience forestière, le projet en l'état contrevient aux objectifs de préservation de la biodiversité. La destruction de ce peuplement rare constituerait une perte patrimoniale et écologique irréparable qu'aucune mesure compensatoire ne pourrait équilibrer. Je demande donc le maintien intégral de cette zone boisée.

  1. La gestion forestière:
Le SAR vise à rendre le site "propre" et "aménagé". Or, l'étude d'incidences (EIE) doit mettre en avant la valeur de la "forêt urbaine" spontanée. Si le SAR prévoit des parkings ou des accès larges pour la "programmation atypique", le risque d'abattage massif est réel.

En outre, un parc public "aménagé" (allées, éclairage, mobilier urbain) réduit souvent la perméabilité des sols par rapport à une friche sauvage. Maintenir le cycle de l’eau est primordial par rapport à l’accueil du public (projet de ville).

Je demande que les conclusions de l’Étude d’Incidences Environnementales soient rendues contraignantes pour tout projet futur dans le cadre du SAR et que le caractère sauvage et boisé du site soit sanctuarisé au-delà de sa simple fonction de « parc urbain ».

  1. Interrogations sur le devenir des édifices du secteur "Achille Lebeau" et l'intégrité de l'écosystème

Le projet de reconnaissance en SAR reste flou quant au sort réservé aux trois grands bâtiments en béton situés à l'est du site datant de 1930 et 1955, le long de la rue Achille Lebeau. Or, ces structures constituent la « clé de voûte » de l’écosystème local. À ce titre, je souhaite soulever les points critiques suivants :

  • PrĂ©servation du bâti comme support de biodiversitĂ© : Ces Ă©difices ne sont pas de simples structures inertes ; ils servent de refuges essentiels (gĂ®tes de reproduction et de transit) pour les colonies de chiroptères protĂ©gĂ©es par la Loi sur la Conservation de la Nature (LCN). Leur destruction entraĂ®nerait une perte irrĂ©mĂ©diable d'habitats, en violation directe avec l'article 2 de ladite loi. Je demande donc que le projet prĂ©cise si ces bâtiments seront prĂ©servĂ©s et sĂ©curisĂ©s, plutĂ´t que dĂ©molis.
  • Impact sur l'attractivitĂ© immatĂ©rielle et Ă©conomique : La destruction de ces volumes massifs et leur intĂ©gration paysagère actuelle nuirait gravement Ă  l'identitĂ© visuelle du Fort de la Chartreuse. Ce site possède une valeur iconographique forte qui attire touristes, photographes, cinĂ©astes et artistes graphiques. La perte de ce "cachet" brut et historique dĂ©valuerait l'attrait touristique et culturel de l'endroit, facteur pourtant essentiel dans le dĂ©veloppement d'un SAR.
  • MĂ©thodologie de chantier et protection de la zone de lisière : L'expĂ©rience des "chantiers Ă  l'ancienne" montre souvent une destruction collatĂ©rale de la flore et des sols par le passage d'engins lourds et le stockage de matĂ©riaux. Je demande des garanties sur la mise en Ĺ“uvre de techniques de chantier Ă  faible impact environnemental. Les travaux prĂ©vus seront-ils menĂ©s sous un cahier des charges strict interdisant le dĂ©capage de la vĂ©gĂ©tation alentour et garantissant le respect des zones de quiĂ©tude de la faune, de la flore et des champignons?
  1. Sur le régime de dérogation au Plan de Secteur Je m'oppose fermement à ce que le statut de SAR permette de déroger aux affectations actuelles (Zone de Parc) pour autoriser des constructions résidentielles ou commerciales de grande ampleur. Le projet doit rester strictement limité à la réhabilitation du patrimoine existant en l’occurrence les bâtiments sans imperméabilisation supplémentaire des sols.
  2. Sur le manque de transparence concernant les avis des instances Je note que les avis circonstanciés de l'AWaP (octobre et novembre 2024) ne sont pas aisément accessibles dans les documents de synthèse en ligne. Il en est de même pour les avis des autres auxillaires (DNF etc…). Ces avis sont pourtant cruciaux pour comprendre les contraintes imposées par le statut de site classé. Je réserve mon droit de compléter la présente réclamation si ces avis révèlent des risques patrimoniaux ou environnementaux non mentionnés dans le RIE.
  3. Analyse des risques liés au Projet de Territoire 2024

La Ville de Liège souhaite créer un "lien métropolitain" et une "boucle des parcs". Le danger réside dans l'ambiguïté des termes :

  1. Le risque de "muséification" : Sous la pression de l'AWaP, le projet pourrait devenir trop rigide, transformant le fort en un lieu froid, perdant son caractère "atypique" et sauvage.
  2. Le risque de "marchandisation" : À l'inverse, pour rentabiliser le SAR, la Ville pourrait accepter des fonctions commerciales lourdes dans le fort (Horeca massif, bureaux) ou des fonctions de logements, ce qui nécessiterait des infrastructures (climatisation, parkings, livraisons) incompatibles avec un parc public paisible.
  3. L'effet "Île de la Jatte" : Transformer un espace de liberté (friche) en un parc ultra-maîtrisé peut exclure les usagers actuels (promeneurs, artistes, citoyens) au profit d'une population plus aisée.

Le classement en SAR est un outil à double tranchant. Pour le citoyen ou le décideur, le point de vigilance doit être le suivant : le périmètre du SAR doit coïncider strictement avec le périmètre de l'étude d'incidences.

Je m’inquiète que si le SAR est voté avant que l'EIE n'ait défini les "lignes rouges" environnementales car dans l’état actuel, le EIE n’est pas du tout représentatif des espèces qui habitent sur la zone.  Le risque est de signer un chèque en blanc pour un aménagement qui détruira ce qui fait l'âme de la Chartreuse : son équilibre entre pierre et nature.

Je demande que le Gouvernement Wallon conditionne la reconnaissance du SAR à une obligation de résultat écologique : le maintien intégral de la surface de pleine terre et la préservation du caractère sauvage du site avec la protection de ses espèces répertoriées.

Dans l’attente de la prise en compte de ces remarques, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.